LA COLÈRE

Vois-tu moi bien souvent moi je la boucle.
Mais, je voudrais tout dire
Et je voudrais tout faire
A quel ordre devrais-je obéir ?
Faut-il hurler, chanter, gémir
Lever le poing à l’univers
Et surtout vers qui,
Diriger ma colère ?

Et quand je crois être sincère
Dans ces rues sombres où rien n’est clair
Pas l’ombre d’un petit lampadaire
Ni dieu le père ni la mère
Ni personne dans les ministères
Ne sait résoudre les mystères
Ne sait répondre à mes prières
Vers où, vers qui
Vers où, vers qui
Diriger ma colère?

Et je suis seul,
Mais au fond de moi
Il y a quelque chose qui fait

Lalala…

Je n’ai rien vu de la planète
Je ne sais rien de l’univers
Mon histoire je ne la connais guère
Et mes idées sont obsolètes

Je répète ?

Et chaque fois que j’imagine
Et chaque fois que j’examine
Les questions de mes origines
Oui chaque fois je déracine
Le tranchant de la guillotine

Ah ! Clac !

Je regarde d’un œil distrait
L’horreur de l’actualité
Je me demande entre deux bières
Est-ce que je serais parti en guerre ?
Faut-il se battre, fuir ou mourir
Faut-il se taire et se complaire ?
Mais surtout
Vers où, vers qui
Vers qui, vers où
Diriger sa colère ?

Et au fond de moi ça grandit,
Et je sens que je ne suis plus seul à faire

Lalala…

Que mes actes sont imparfaits
Que mes désirs sont déplacés
Que mes mots sont banalité
Que pauvres sont mes opinions
Mon ignorance est soumission

Vers où, vers qui ?

Quand, est-ce que je saurais la politique ?
Quand, est-ce que je saurais toutes les guerres ?
Quand, est-ce que j’aurais fait le diagnostic
Quand ? Des idées révolutionnaires ?

Alors, je lancerai un cri

Et au fond de moi, je le sais
Qu’on est dizaines, des centaines,
Des milliers, des millions, des milliards
Á faire

Lalala…

OS TROUBLES

Dans mon jardin
J’ai découvert
Un tout petit village
Hameau de peu de gens
A peine quelques familles
Qui m’ont toutes vu grandir

Ses maisons sont en ruine
Seuls quelques pans de murs
Parsemés ci et là
Me rappellent les rues
Me rappellent les gens

C’est en plongeant sous l’eau
Au profond de mon lac
Au sein de ses eaux troubles
Que je l’ai découvert

La vase et les poissons
En ont pris possession
Et les noms sur les portes
Se sont tous effacés

Aujourd’hui c’est l’hiver
Un miroir de silence
Recouvre mon village
Autant tout oublier
Car rien n’est plus certain
Qu’un silence de neige
Recouvrira nos peurs
Nos amours et nos peines

Autant tout oublier
Car rien n’est plus certain
Qu’un silence de neige
Recouvrira nos peurs
Nos amours et nos peines
Nos hontes nos souvenirs
Les corps de nos parents
Et ceux de nos enfants
Nos frères et nos sœurs
Comme ce lac gelé
Dans mes os troubles

PATIENCE

Quand un oiseau s’envole
Que reste t-il de lui ?
Combien de temps au sol
L’empreinte de la pluie
Demeure. Et nos paroles
Quand il n’y a plus de bruit
Tout finit, tout s’étiole
Et pourtant tout revit
Comme apparaît l’alcool
Dans la saveur du fruit

Tout prend le temps de naître
Et de se séparer
Rien ne va disparaître
Mais tout se délier
Nous ne seront qu’un être
De terre et de fumée
Unis aux grands vautours
Unis aux éperviers
Unis à ces amours
Qui nous ont désirés

Bientôt nos corps ensembles
Ne seront plus qu’un seul
Bientôt nos peaux qui tremblent
Seront sous un linceul
De glace, de feu, de cendres
Ou d’un tapis de feuilles
Que faut-il sauf attendre
Que cet instant nous cueille
Progresser sans comprendre
Qu’on est toujours au seuil

Avec patience

Vouloir devenir grand
Mais chercher le contraire
Redevenir l’enfant
Au centre de sa mère
Désirer des moments
Plus qu’extraordinaires
Poursuivre bien souvent
Les plaisirs, les mystères
Mélancolie d’un temps
Qui n’est qu’une chimère

Ce temps où l’on cueillait
Les groseilles sauvages
Ce temps où l’on avait
La frayeur des orages
Ce temps où l’on croyait
Deviner les présages
Les signaux de fumée
Les oiseaux de passage
Nos rêves du passé
Ne sont que des mirages

Comme vous, comme moi
Comme nos différences
Comme nos éclats de voix
Qui frôlent les silences
Comme ce désarroi
Devant nos cœurs qui dansent
Et qui s’agitent en vain
Esclaves de l’absence
Devenons souverains
De nos chemins d’errance

Avec patience

Car celle qui viendra
Sans jamais se presser
Si vite de ses bras
Viendra nous enlacer
Elle nous accordera
Notre dernier baiser
Puis avec diligence
Saura sans hésiter
Vers ce destin immense
Enfin nous inviter

Elle marche sans s’arrêter
Chaque pas nous rapproche
Les os de ses poignets
Tintent comme une cloche
Notre air déterminé
Les couteaux dans nos poches
Seront vite émoussés
Dès la première encoche
Mieux vaut se régaler
Des miettes de brioche

Donne-nous les rivières
Donne-les-nous à nouveau
Donne-nous l’éphémère
Donne le goût de l’eau
De tout ce qu’il faut vivre
Donne-nous le plus beau
De tout ce qui enivre
Donne-nous les ruisseaux
De tout ce qui enivre
Donne-nous les ruisseaux

Et de la patience

TOI

Je n’ai pas connu les guerres
Ni d’aujourd’hui ni de naguère
Ni n’ai connu les misères
Des régimes totalitaires
Je n’ai pas connu la torture
Tout ce que certains endurent
Je n’ai pas connu l’horreur
Des camps de Russie ou d’ailleurs
Je n’ai pas connue tout ça

Mais je t’ai connu toi (x 4)

Je n’ai pas connu la mafia
Ni le silence de l’omerta
La famine le manque de fric
La violence des narcotrafics
Je n’ai pas connu c’est chic
Les épidémies d’Afrique
Je n’ai pas connu d’atroces
Douleurs ou d’horribles maux
Ni vu d’animaux féroces
Chercher à me ronger les os
Je n’ai pas connu tout ça

Mais je t’ai connu toi (x 4)

Je n’ai pas connu encore
Le froid souffle de la mort
Ni ces oraisons funestes
Où l’on ne demande pas son reste
Je n’ai pas connu les foudres
Du courroux de Jupiter
Ni n’ai eu à en découdre
Avec Allah dans sa colère
Je n’ai pas connu non plus
Un père qui me bottait le cul
Ni n’ai du poser mes fesses
A un concert d’Henri Dès
Je n’ai pas connu tout ça

Mais je t’ai connu toi (x 4)

Alle Menschen werden Brüder
Wo dein sanfter Flügel weilt.

CORPS À CORPS

Nos corps à corps
Appris par cœur
Sont mon décor
Encore

Toujours trop court
Le beau moqueur
Les jours d’accord
En chœur

Sans ton secours
D’amères liqueurs
Parcourent mon corps
Chaque heure

A court de cœur
L’amour n’accoure
Jamais vainqueur
D’accord

Dans ma rancœur
Ma dame de cœur
Refaire ta cour
M’écœure

Mais

Nos corps à corps
Appris par cœur
Sont mon décor
Encore

LA GRANDE HABITUDE

Qui a entendu hier soir
Éclats de voix, éclats de verre, éclats de rires
Et puis la route et puis la nuit

Il ne suffit pas d’écouter
Par chez toi quand les trains passent
Et font vibrer les toits de tôles
Il faut sentir l’odeur de peur
Et de colère et de sueur

Voisin je le vois
De ma petite et mince vitre
Ton doigt tendu
Ton cri ténu
Et je vois bien comme tu t’étouffe

Car malgré-toi tu es en guerre
Et tu sais
Ce que signifie perdre

Mon ami
J’ai compté toutes les marches
Qui mènent à toi
Je n’irai pas

Si la poussière est ta maison
Et si tes murs sont de carton
Ils ont de beau
Tout ce pourquoi ils m’indisposent

Bruts, violents et insolents
Crachats de rue et d’injustices
Au nom de la grande habitude

Tu es comme le coquelicot
Qui grandit dans la faille
D’un trottoir où les chiens pissent
Et où un pas, seul te foulera
Et te fera disparaître
Le pas d’un homme qui rêve sans doute
De grands espaces et de prairies
Le pas d’un homme qui rêve sans doute
De grands espaces et de prairies
Et qui chante

Comme est sérieuse ma légèreté
Si un jour j’apprends à parler
Ce sera pour prier : Mon Dieu
Comme est sérieuse ma légèreté
Si un jour j’apprends à parler
Ce sera pour crier : Mon Dieu
Donne-leurs aujourd’hui notre pain de ce jour
Toi ou bien l’un de tes confrères
Qui prônent le partage et l’amour

Ou bien quelqu’un que ça réjouit
De décider pour quelques autres
Décidez pour moi je vous prie
J’essaierai d’être votre apôtre
Créez des fois, créez des lois
Faites les choix à ma place
Car je sais bien comment ça se passe

Au nom de la grande habitude
Celle de mon ingratitude
Celle qui dément mes certitudes
Celle qui conduit mon attitude
Car je veux avoir chaud
Car je veux bien manger
Je veux boire de l’eau
Des habits sur ma peau
Et un toit sur ma tête
Être un peu protégé
Quand je suis sous la couette
Avoir quelques amis
Ne pas manquer bien sur
Ni d’argent ni d’amour
Je veux être bien vu
Être un peu reconnu
Et un peu voyager

Et un peu voyager
Voir le monde d’à côté
Pour me faire une idée
De combien de bonheurs
Combien de misérables
Il est possible d’entasser
Dans une cabane de tôle

Parfois je me sens souverain
Je suis le roi malgré moi
Qui habillé
Qui maquillé
Qui maculé

Et je ne sais pas quoi faire
Et je ne sais pas quoi faire
Et je ne sais pas quoi faire
Et je ne sais pas quoi faire

Ni quoi dire ni quoi penser
Des mots, des mots, des mots

Des mots démodés
Des mots doux
Des mots durs
Des mots d’ordres
Dont je me démets
Par démence ou dédain

Et toi, n’es tu pas jaloux
Quand tu vois qu’un missile
Atteindra sans un doute
Sans peurs et sans remords
Le but
De sa misérable vie?
Et qui oserait te dire que tu as tort ?
Que tout ce que tu sens
Tu ne devrais pas le sentir ?
Peut-on punir l’absence d’héroïsme?

Alors moi, par amour, je prends le métro
Par amour je plonge dans les foules
Par amour je m’inonde de lumière crue
Et je deviens multiple
Et je deviens les autres

J’infuse les trottoirs
Je bégaie je clignote
Je clignote au passage
Il court dans mon regard
Passant du vert au rouge
Une brève inquiétude

Ça y est j’ai de la fièvre

Et je sens sur mon front
Un peu du gras de cette ville
Il y a dans mes cheveux
Un peu du gras de cette ville
Il y a dans mes oreilles
Un peu du gras de cette ville

Car les murs les plus blancs
Restent toujours couverts
D’une pellicule de suif

Je vois en moi la cité qui gronde

Ma ville ce sont mes intestins
Mes boyaux, mes artères
Les couloirs de mes opinions
Les dédales de mes pensées
C’est mon cœur qui palpite
De jour comme de nuit
Mes insomnies sont celles
Électriques
Qui abreuvent mes yeux
Et qui me tétanisent
De peur de m’en sortir
Et tout mon corps recèle
Au dedans comme dehors
En cet instant présent
De toutes les rancœurs
De tous mes frères et sœurs
Dans mon foie dans ma rate et dans mes reins
Dans mes manières de faire et de parler d’amour
Je croyais être au pouvoir
Mais c’était sans compter
Tous ceux qui m’habitent
Et tous ceux qui m’ont fait
Et tout ce que je bouffe
Et tous ceux qui m’incitent
Par leurs caresses adroites
A me courber le dos
Rien ne s’arrête, rien, jamais
Qu’y a t-il au dehors ? Qui saurait me guider ?
Mais il n’y a personne.
Que mon imaginaire
Qui rêve d’absolu

Et ces bouchons de merde qui n’en finissent pas
Vision périphérique
Congestionnée, constipée
Je retiens
Je me retiens
Je retiens
Je me retiens
Je ne retiens que ça de ma vie de malade
Mes humeurs
Qui tantôt bouchonnent et tantôt éclatent
Dans un excès de zèle
J’essaie le yoga, le shiatsu, le tango, le tantrisme
Et des philosophies venues du bout du monde
Je mange bio
Mais ma boulimie me rends aveugle
Qui dort à côté de moi ?
C’est mon voisin l’allemand, le roumain, le ricain,
Le bronzé, le bridé, le frisé
Qu’il ne s’avise pas de tirer trop la couverture
Seul mon chien mon chat et mon canari
Peuvent se poser sur mon lit !
Non mais je rêve !
Non, mais je rêve
Non
Mais je rêve

Que je suis comme le coquelicot
Qui grandit dans la faille
D’un trottoir où les chiens pissent
Et où un pas, seul me foulera
Et me fera disparaître
Le pas d’un homme qui rêve sans doute
De grands espaces et de prairies
Le pas d’un homme qui rêve sans doute
De grands espaces et de prairies

La grande habitude
La grande habitude